PORTRAIT : « Christopher »


Permettez-moi de profiter de cette rubrique pour vous présenter un magicien belge que vous n’avez pas manqué de rencontrer à l’occasion de l’une ou l’autre manifestation magique ; un magicien aussi reconnaissable par son look, barbe naissance et catogan dans les cheveux, que par son nom. Il s’agit bien entendu de Christopher. Bien sûr il est comme vous et moi, devant sa glace chaque matin ; mais je tenais à découvrir  avec vous son parcours dans le monde de la magie.

Tout commença …

Né le 8 septembre 1951 (ça il ne veut pas qu’on l’ébruite), Fredy Chambre (Christopher étant son pseudonyme auquel il tient particulièrement) est venu à la magie, un peu comme beaucoup d’entre-nous, grâce à une boîte de magie reçue à l’occasion de la Saint Nicolas.

Quelques mois plus tard, il s’est porté volontaire pour jouer le rôle du magicien dans une fête scolaire sur le thème du cirque. En compétition avec un condisciple (il ne fallait qu’un seul magicien !), il remporta son droit de passage grâce à une boîte en carton recouverte de papier d’emballage gris qui allait lui permettre de faire apparaître une personne sur scène. C’était son premier tour présenté en public et entièrement construit de ses mains  ... Il avait dix ans !

Il n’en fallait pas plus pour lui donner définitivement le goût de la scène et de la magie ! Il passa son temps libre à travailler toutes sortes de tours et prit même un nom d’artiste : Fredy Choc pour présenter de petits spectacles, tant dans les écoles que dans les fêtes de quartier. Au début ce n’était bien entendu qu’une succession de tours différents mis bout à bout. A quinze ans il rencontra un magicien retraité qui avait travaillé dans l’après-guerre sous le nom du Professeur Florian qui allait être une mine d’or pour lui. Celui-ci lui ouvrit la porte de la magie : celle qui permet de la voir de l’intérieur. En effet son mentor lui racontait dans le détail les effets qu’il produisait sur scène et il ne montrait le matériel à notre jeune ami que lorsque celui-ci avait trouvé de lui-même le modus operandi. Cette façon de procéder allait rapidement éveiller son esprit à la créativité magique.

Plus qu’un passe-temps …

Après ses études, il assura son métier de professeur d’éducation physique tout en continuant la magie.

Au début, comme à tout le monde, il lui arrive des anicroches au cours de ses représentations. « En fait, dit-il, il arrive à tous les magiciens débutants de se planter et de louper un tour. Mais comme le public ne sait pas ce que le magicien va faire, il ne s’apercevra de rien si le magicien garde le contrôle de soi, retombe sur ses pieds et embraye sur un autre tour. Le public n’y verra que du feu. Dans pareil cas le magicien sait seul, où il veut arriver et peut prendre un chemin détourné, réagir de suite en reprenant la situation en mains et ainsi ne rien laisser paraître de son erreur. C’est là une des premières grandes leçons de la scène »

Au sujet de sa carrière de magicien, Christopher précise que lors de ses premières apparitions sur scène, et durant quelques années, il n’avait aucun style personnel. Ce n’est que lorsqu’il franchit le stade de semi-professionnel en proposant ses spectacles dans les cabarets, qu’il s’attacha à trouver un style propre et qu’il travailla à un numéro correspondant à son caractère et à sa vision de la magie.

« Les cabarets sont une dure école. D’abord les scènes y sont petites et vous ne pouvez pas utiliser beaucoup de matériel. Ensuite il faut essayer d’accrocher le public, accrocher son attention, même si l’on se retrouve face à une assistance clairsemée et dissipée. Il faut un numéro qui débute par un temps fort, garde un bon tempo et se termine de façon spectaculaire. »
 
Après les stades de débutant, amateur, semi-professionnel, en 1973 il prit son pseudonyme définitif et décida de faire le grand saut. Son numéro était au point, et fort spectaculaire. Il plaisait au public. Il tourna en Belgique, Espagne, Italie, Suisse, Pays-Bas, France, Allemagne, Luxembourg. Mais il n’était pas simple de trouver du travail : ainsi, en ayant envoyé 350 lettres à divers agents et cabarets, il n’avait reçu que six réponses qui ne lui ont procuré que deux mois de travail !

Dur, dur la vie d’artiste … mais le pire était à venir !

« Il ne faut pas croire que c’est toujours le paradis la vie d’artiste de cabaret. Outre l’incertitude des lendemains, il faut beaucoup travailler pour rester dans le coup. De plus le numéro ne s’exécute pas ainsi, sans préparation. Pour une apparition de vingt minutes sur la scène, il faut préparer le matériel, s’exercer, s’échauffer. Une fois terminé le spectacle, toujours réalisé à des heures tardives, si pas matinales, il faut démonter le matériel. Tout cela prend des heures de préparation. Mais j’aimais mon métier et c’est à cette époque que j’ai quand même connu mon heure de gloire »

Tout cela, Christopher a dû le laisser tomber, alors que sa renommée lui avait valu de présenter un spectacle de classe internationale. En Italie, tout son matériel et ses vêtements se sont fait … la malle ! Ce vol et des problèmes financiers survenus suite à un divorce et à la malversation d’un notaire véreux le ruinèrent. Il laissa alors tomber la magie professionnelle et perdit tout espoir de repartir sur les routes avec un nouveau numéro.

Résultat des courses : en 1980, reprise de son ancien métier de professeur d’éducation physique avec des extra comme serveur dans des restaurants le week-end et durant les congés scolaires.

La pente est raide mais le courage est là !

Il se remit doucement à la magie. Il s’initie à Lille, au Nord Magic Club (il y était membre depuis 1971) aux mille et une subtilités et difficultés du close-up (qui ne lui demande pas un important investissement financier).

Entre-temps son amitié avec Alpha lui donna à rencontrer Georges Proust qui préparait avec lui le livre « La Magie du Feu ». Etonné par ses connaissances dans le domaine de la magie, ce dernier lui demanda de la seconder à son stand au congrès AFAP de Versailles. Paradoxalement, ce congrès national français était, pour Christopher, la première manifestation magique à laquelle il assistait. « Lorsqu’on est dans le circuit des cabarets internationaux, on n’a pas le temps et l’occasion de participer à ces journées » et, donc, ce milieu lui était inconnu.

En parallèle à tout cela, il commença également à donner des cours particuliers de magie de scène. « Ma première élève, Régine, une fillette de 12 ans étonna les magiciens au congrès AFAP de Vichy en 1985 en faisant apparaître cinq chats européens en prise directe (donc sans aucune boîte) tout cela après avoir montré de sérieuses aptitudes à manipuler les cordes, boules et anneaux. Ce numéro de neuf minutes trente lui avait demandé huit mois et demi de cours à raison de deux fois deux heures par semaines, sans compter les centaines d’heures de travail personnel entre les cours plus celles consacrées au dressage des chats. Que ceci serve de leçon aux débutants ! »

Lui-même récolta un prix en cartomagie et un autre en mentalisme lors de congrès internationaux. Mais au fil de ces manifestations, un marchand belge trouva un peu bizarre qu’un compatriote travaille au stand d’un concurrent français. C’était Dirk de Graeve de Mephisto, qui décida de l’engager. Comme toutes ces activités lui avaient permis de contrôler ses problèmes financiers, il quitta l’enseignement pour entrer à son service de janvier 88 à février 94. C’est sans doute là à l’occasion d’un coup de fil, d’un passage au magasin ou à l’occasion d’une visite au stand lors des fameux week-end magiques d’Ostende, que beaucoup d’entre-nous ont pu rencontrer Christopher et profiter de ses conseils avisés.

La vie va bon train …

Actuellement il partage son temps entre les galas, les dîners-spectacle avec un numéro humoristique, le close-up, les congrès en tant que représentant exclusif de Mayette Magie Moderne pour Dominique Duvivier. Il continue également de donner des cours particuliers (en les distillant car il ne désire garder que les cas intéressants et motivés !) « Chacun de mes élèves réguliers a, au moins, remporté un prix dans un concours » ; Il donne également des cours à « Classe Magique » en France et vient d’être engagé récemment comme formateur pluridisciplinaire à l’Ecole de Cirque de Honnelles dans le Hainaut.

Ne travaillant plus en magasin et libre des exigences horaires que cela entraînait, Christopher en a profité pour attaquer un autre aspect du métier auquel il n’avait pas encore touché : la conférence. Celle-ci lui a pris environ un an de préparation et lui a donné le plaisir de rencontrer à nouveau ses amis magiciens dans pas moins de 32 clubs en Belgique, France et Suisse.
« J’espère encore faire de nouveaux pas dans le monde de la magie car il reste encore des choses à réaliser … Actuellement, je prépare avec un des mes anciens élèves, Antoine Salembier, un séminaire « Techniques de Présentation » … Bref, amis magiciens, vous n’êtes pas prêts d’être « débarrassés » de moi ! »

Chers lecteurs,  vous voilà donc prévenus et comme on dit qu’une personne avertie en vaut deux, tenez-vous sur vos gardes, la Christophermania n’est pas prête d’être finie.

N’oubliez pas d’aller saluer Christopher à son stand lors de votre prochain congrès, il sera prêt à vous montrer plein de tours et à vous donner de précieux conseils. Le connaissant, il le fera de bon cœur.

Je tiens, pour terminer cet article, à le remercier pour tous les renseignements fournis, les photos d’archives et actuelles, ainsi que sa spontanéité à l’élaboration de ce premier portrait dont il était le premier étonné d’ailleurs.

Olivier Maricoux